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Dossier du mois - novembre 2017

Journal de Mission par Robert Lalonde

Pierre par pierre

Cette journée-là, dans un locale situé dans la paroisse Sainte-Famille, à Canaan, j’ai échangé avec une vingtaine de femmes haïtiennes ayant vécu un traumatisme à la suite du séisme de 2010. Elles m’ont expliqué comment elles s’étaient remises debout après avoir pris conscience de leurs forces, et comment elles  avaient construit un pont de paix dans leur environnement.

Pierre par pierre

« Récemment, raconte Florence, mon mari, à peine entré de son travail, est reparti aussitôt s’amuser avec ses amis. Je me suis fâchée, mais il est sorti quand même. Je sentais bien que cette attitude ne mènerait nulle part, mais la colère m’avait emportée. Après avoir pris conscience de mon comportement autoritaire, j’ai tout arrêté pour gérer mes émotions et déloger l’hostilité qui m’habitait en faisant des exercices. Une fois calmée, en attendant que mon mari revienne, je me suis intériorisée afin de trouver un moyen pour renouer avec lui. Quand il est revenu, je lui ai proposé doucement de prendre un temps de réflexion ensemble. Bien sûr, ce changement de ton de ma part a incité davantage mon mari à rester ouvert. J’ai reconnu humblement mon tort et nous avons ensuite dialogué. Ces retrouvailles dans le calme nous ont permis de trouver des solutions pour régler notre différend. De mon côté, je lui ai fait comprendre que je ne voulais pas le priver de rencontrer ses amis, mais que j’avais besoin de sa présence pour m’accompagner à l’heure du repas. Pour sa part, il disait comprendre et être disposé à revoir sa manière de faire. À son tour, il s’est excusé d’avoir répliqué aussi brusquement. Ce temps d’échange nous a permis de se réconcilier et de faire un autre pas sur le chemin de la paix. »
  
« Après une panne d’électricité de quelques jours, poursuit Monique, le courant est revenu au moment où mon fils devait quitter pour l’école. Quand je l’ai appelé pour partir, il s’est braqué devant la télé. ‘’Maman, m’a-t-il dit, ça fait trois jours que je n’ai pas écouté la télé et j’aimerais en profiter maintenant que l’électricité est revenue. ‘’  Même si je lui ai répondu que nous devions partir pour éviter d’être en retard, il a continué d’écouter la télé. J’ai senti la colère monter en moi et, en me dirigeant vers lui, j’ai crié et l’ai tiré par le bras le sommant de se préparer en vitesse. En pleurant, il m’a dit : ‘’Maman, tu es méchante! Tu m’as fait mal! ‘’ Encore ébranlée d’avoir posé ce geste regrettable, je l’ai pris doucement par la main et nous sommes partis silencieusement à l’école. Pendant son absence, je me suis retirée pour gérer mes émotions. J’ai pris le temps de retrouver la paix en moi et j’ai cherché les bons mots pour m’amender. À son retour, après m’être excusée de l’avoir brusqué, je lui ai parlé calmement et nous avons établis ensemble des consignes sur le temps de l’école et celui de la télé. Mon attitude n’était plus la même et la sienne non plus. Cette discussion, entreprise dans le calme, décrivant les consignes que nous nous sommes engagées à respecter, nous a permis de nous réconcilier et de nous embrasser. »

Salle Émilie

Pendant leurs témoignages, je me rappelle avoir entendu le vent siffler entre les pièces de tôle, précairement déposées sur le toit. La tôle claquait si fort qu’il m’était parfois impossible d’entendre le traducteur. Curieux de savoir à qui appartenait ce local, j’ai appris par Roselyne, la responsable du groupe, qu’il avait été construit par les femmes, avec l’aide de quelques maris.
« Nous nous sommes d’abord concertées pour trouver un lieu commun où organiser nos rencontres. Ce terrain qui appartenait à deux hommes, ne convenait plus à leurs attentes. Comprenant que nous étions à la recherche d’un espace pour s’entraider, ils nous l’ont légué. Le bâtiment était délabré et l’emplacement si encombré que nous avons dû casser et tasser un nombre incalculable de pierres pour y accéder. Une fois l’espace dégagé, à l’aide de pics et de râteaux, il nous a fallu niveler le terrain tellement la pente était raide. Grâce à l’aide de quelques-uns de nos maris, nous avons complété la construction de la maisonnette avec des matériaux offerts par la communauté d’Izabete, qui nous a accompagnées dans notre relèvement. Ensuite, les hommes ont fabriqué un plancher avec du ciment et installer des bâches pour le plafond. Comme nous avons été mouillées à cause de la pluie lors de notre rencontre pour la Journée internationale des femmes, le 8 mars, les hommes ont déposé des pièces de tôle par-dessus la toile. Nous tenions à avoir notre propre local pour nous rencontrer et travailler dans l’unité. En hommage à la fondatrice de la Congrégation d’Izabete, nous l’avons baptisé Salle Émilie. »
Comme il en est pour la paix, cette maisonnette a été construite pierre par pierre, dans l’entraide. Non seulement cette initiative les a aidées à devenir plus autonomes, mais également à se soutenir mutuellement dans la poursuite de leur objectif de construction de ponts de paix. SI ce n’est pas là avoir le sens de la solidarité et de la dignité, qu’est-ce alors?

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